Franco-sino-vietnamienne

Mes origines

Un père franco-chinois, une mère vietnamienne et un nom de famille français. Un physique asiatique pour les caucasiens, un physique de métis pour les asiatiques. Vous êtes nombreux à avoir plusieurs origines et j’ose imaginer que vous vous êtes sûrement posé les mêmes questions que moi: qui suis-je ? D’où je viens ? Pourquoi ce monsieur que j’ai croisé dans la rue me dit “Ni Hao” ?
Ce soir, je vais aborder cet épineux sujet des origines, de mes origines et de la manière dont je vis avec, avec ses avantages et ses inconvénients, tel que le racisme “banal”.

Jacques et Yu Lien Berthelot – Mes grand-parents paternels – 1972

Qui suis-je et d’où je viens ?

Résultats des belles heures de l’époque coloniale, les métis ont plusieurs origines parfois difficiles à retracer. Du côté de ma mère, la famille est vietnamienne mais sa grand-mère était française, et d’après maman, elle était rousse aux yeux verts. Du côté de papa, mon grand-père Jacques a épousé une chinoise, Yu Lien. Mes parents sont nés au début des années 50 et ont grandi à Saïgon (aujourd’hui Hô Chi Minh) durant la guerre du Vietnam. Dès l’enfance, Papa a appris en même temps le français (comme son père), le chinois (comme sa mère) et le vietnamien (la langue du pays). De la même façon, Maman parlait depuis toute petite le français et le vietnamien. A l’âge de 18 ans, quand le lycée français de mon père a été réquisitionné, il a rejoint le lycée Marie Curie, dans lequel était scolarisée ma mère. Un soir, à la fin des années 60, mes parents allaient à une fête de lycéens et, n’ayant pas respecté le couvre-feu, ont été gentiment renvoyés chez eux par les militaires. A toute vitesse, ma mère me raconte qu’elle a sauté dans la dernière voiture qui quittait le lieu, une décapotable blanche MG (de fille) avec une plaque intérieure portant l’inscription “MIMI” – mon père s’appelle Michel, elle avait quoi se poser des questions – Ouf, c’était la voiture de sa grande sœur Emilienne ! En 1971, ils sont amoureux et partent faire leurs études supérieures en France, Maman en fac d’anglais, Papa en école de commerce à Rouen. Ils pensent revenir vivre au Vietnam.

Cela ne sera pas le cas, le 30 avril 1975, le pays tombe définitivement dans les mains des communistes. Mes grands-parents quittent le pays dans le dernier avion Air France, mon oncle pilote un des hélicoptères évacuant les gens depuis les toits à l’arrivée des chars vietnamiens et sa femme, aidera au tri des réfugiés sur l’île de Guam. Un autre oncle, qui a refusé de partir, est transféré dans un camp de redressement vietnamien.

Jacqueline et Michel – Année 70/80 – Pas de mauvaise blague sur leurs prénoms, merci

Je suis née le 5 décembre 1990 à Paris. J’ai une relation fusionnelle avec mon grand-frère, Edward, qui a 7 ans de plus que moi. Mon prénom est May, ça n’est pas la mayonnaise “Maille”, ça n’est pas asiatique “Meï”, c’est simplement le mois de mai en anglais 😉

L’acceptation

C’est seulement à l’adolescence que la question de mes origines s’est posée. Enfant, je ne me voyais pas du tout différente, j’étais une “petite française” comme tout le monde. Effectivement, on me disait que j’étais naine mais à la rigueur, c’est toujours le cas (et cela fera l’objet d’un autre article). Je pense que le “problème” a véritablement commencé en classe d’anglais, en Terminale, quand un camarade de classe a imité ma mère avec un accent asiatique. Je n’ai pas compris. Tout simplement car je n’ai jamais remarqué son accent et qu’aujourd’hui encore, je ne l’entends pas. Pourquoi je grandis moins vite que les autres ? Pourquoi on m’imite avec les yeux bridés ? Pourquoi j’ai les cheveux lisses et noirs ? Pourquoi je chausse du 35 ? Pourquoi il y a dans ma cuisine, de la soupe Pho et de la blanquette de veau ? Est-ce que je suis différente ? Je réalise que je suis française mais qu’on ne me considère pas comme telle, en France.

A l’âge de 19 ans, je ne peux plus continuer à me poser toutes ces questions et je demande à mon père de m’emmener pour la première fois depuis mes six ans, au Vietnam. Le premier soir, je tombe sur un serveur qui fait la même taille que moi. En me baladant dans la ville, je me rends compte que je suis de taille normale. Malheureusement, je me rends vite compte que je ne parle pas la langue ou très mal et qu’on se moque de moi. On me dit que je viens de Singapour, de Hong Kong, que j’ai des traits vietnamiens mais que je ne le suis pas. Au milieu du voyage, je suis triste car je ne me sens pas française, ni vietnamienne, ni chinoise. Durant cette semaine, mon père m’emmène voir son ancienne maison, celle de ma mère, leurs lycées et je commence à me sentir mieux. Le dernier soir, il demande au chauffeur de s’arrêter devant un restaurant et il me dit “Le soir où les militaires nous ont chassés, c’est ici que j’ai emmené ta mère dîner”. Et je pleure pendant tout le trajet du retour.

Dans l’avion qui me ramène à Paris, je comprends la chose qui m’a réconciliée avec moi-même: je ne suis pas l’une ou l’autre de mes origines, je suis à la fois française, à la fois vietnamienne et à la fois chinoise. Le métissage est une force et il n’est pas nécessaire de faire un choix.

Edward et May – Paris – 1991

Le racisme banal – Le racisme anti-asiatique ?

C’est LE sujet du moment. Suite au sketch pathétique de Kev Adams et Gad Elmaleh, à l’assassinat d’un homme à Aubervilliers, la communauté asiatique s’est soulevée et commence à se faire entendre. Ce soir, je partage avec vous mon “Top réflexions racistes”.

1/ “Pourquoi tu travailles dans la lutte anti-contrefaçon ? Ça vient de chez toi ces trucs”
2/ Environ tous les mois, souvent par des mecs dans la rue “Ni Hao” “Ching chong”
3/ “Est-ce que vous habitez dans le 13ème arrondissement ?”
4/ “Est-ce que vos parents tiennent un restaurant chinois ?”
5/ “Salut Katsumi !” – souvent en boîte
6/ Par 3 mecs plutôt chics en entrant dans un bar et sans aucune discrétion “Tu t’es déjà tapée une asiat’ ?” “Non, c’est bizarre, je pourrais pas” – Je ne suis pas un animal, merci – sur le coup, je n’ai rien dit
7/ Une vieille dame dans la rue qui promenait son caniche “Vous êtes une bouffeuse de chiens, comme les gens de votre race” – j’ai répondu “Grouille toi de rentrer chez toi sinon je vais bouffer le tien”
8/ “Tu pourrais faire des nems ?”
9/ “Et le business en Chine, ça se passe comment en ce moment ?” – Je ne suis pas chinoise, j’ai jamais mis les pieds là-bas donc je ne sais pas

Bien évidemment, entre amis, on s’autorise quelques petite boutades racistes et je ne suis pas contre. Cependant, je rappelle à tous que je ne passe pas mes soirées à coudre des faux jeans Diesel dans la cave avec ma famille, que je ne parle pas “asiatique” (ça n’est pas une langue pour info), que je ne me nourris pas exclusivement de rouleaux de printemps et que, je n’en suis pas un par ailleurs.

Maman & moi – Paris – 1992